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Le Québec colonisé ou le Québec colonisateur ?

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Par Chanel Dallaire

22 décembre 2025

Le Québec, colonisé? Le Québec colonisateur.

Joseph Facal, ancien ministre péquiste et chroniqueur, affirme dans l’un de ses articles qu’« [il] n’y a pas de droit autochtone à l’indépendance¹».

Son assurance mérite qu’on s’y attarde, car si elle est techniquement exacte, elle révèle surtout la pauvreté morale et intellectuelle d’un discours souverainiste qui veut se libérer de l’État canadien tout en continuant de s’appuyer sur ses fondations coloniales. Si les peuples autochtones, et plus largement toutes les minorités, ne sont pas au cœur du projet souverainiste québécois, ce dernier relèvera d’une hypocrisie sans précédent. Le Québec aime se raconter comme une nation opprimée, minoritaire dans un océan anglophone. Ce qui est vrai en partie, certes, il est facile de se dire « colonisé » quand on oublie qu’on est aussi le colon de quelqu’un d’autre. Facal invoque avec sérieux les grands principes du droit international pour expliquer pourquoi les peuples autochtones n’auraient pas de « droit à l’indépendance », mais cette rhétorique reproduit, sous une autre forme, les mêmes dynamiques de domination coloniale que le Québec reproche historiquement au Canada anglais.

Le discours de Facal vise essentiellement à faire deux choses : asseoir la légitimité d’une éventuelle indépendance du Québec en la présentant comme un projet découlant d’une volonté démocratique majoritaire et politiquement valable et, en parallèle, écarter l’idée que les nations autochtones pourraient revendiquer la même chose en invoquant que le droit interne et international ne leur reconnaît qu’une autonomie, pas la pleine souveraineté.

Le message est limpide : « Nous voulons être libres du Canada, mais pas que d’autres soient libres de nous. »

Il convient d’abord de souligner que le droit international, auquel se réfère Facal, est lui-même issu d’un ordre colonial ayant institutionnalisé la domination des nations sur les peuples autochtones. Faire mieux que le régime fédéral ne signifie donc pas en reproduire les mécanismes. Facal passe d’ailleurs sous silence un point crucial : les règles de droit canadien, protégées par la Constitution, qui interdisent la sécession territoriale d’un groupe, ont été pensées par et pour l’État colonial, dans le but explicite de préserver l’ordre qu’il a imposé. Or, comme il le reconnaît lui-même, il est difficile, voire impossible, pour les Premiers Peuples de revendiquer leur indépendance. Et c’est bien là que réside l’injustice fondamentale.

Le plus récent projet de constitution du parti Coalition avenir Québec en est un exemple éloquent. Sous prétexte de préserver la culture québécoise, il propose également de retirer certaines protections constitutionnelles accordées aux peuples autochtones. Bien que les partis souverainistes, notamment le Parti québécois, se soient distanciés de ce projet en affirmant qu’ils ne soutiendraient une constitution que dans un Québec pleinement indépendant, la question demeure entière : quelle place réelle occuperaient les droits autochtones dans une future constitution québécoise? Rien ne garantit qu’ils y seraient mieux protégés, au contraire, les précédents récents démontrent qu’ils pourraient être affaiblis.

En revendiquant sa souveraineté, il faut reconnaitre que le Québec risque d’imposer la sienne aux peuples autochtones, niant ainsi leur propre droit à l’autodétermination. Dans un éventuel référendum, leur voix, minoritaire en nombre, ne pourrait peser face à une majorité québécoise souverainiste. Un Québec indépendant qui se formerait malgré l’opposition prépondérante des nations autochtones ne pourrait donc prétendre à une légitimité pleine et entière vis-à-vis les Premiers Peuples. D’autant plus que le gouvernement canadien actuel exerce une souveraineté sur des terres non cédées, ce qui rendrait toute nouvelle autorité issue de cette indépendance profondément illégitime. Ainsi, vouloir libérer le Québec du joug fédéral tout en subordonnant à son tour les peuples autochtones, reproduit les mêmes dynamiques de domination envers ceux-ci.

La souveraineté québécoise n’a de véritable sens que si elle s’inscrit dans une refondation politique où les nations autochtones sont des partenaires à part entière, et non de simples annexes au projet souverainiste. Une souveraineté québécoise réellement juste et décoloniale nécessiterait ainsi une entente de nation à nation et d’égal à égal entre le gouvernement québécois et les peuples autochtones.

Notes de bas de pages

[1] Joseph Facal, « Il n’y a pas de droit autochtone à l’indépendance » (2025), Journal de Montréal.

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